La passeuse d'émotions

L'accompagnatrice de montagne chorgue est précise et passionnée. Bien campée sur ses jambes, elle épouse le monde du regard comme pour mieux le comprendre mais doit se pencher pour en étudier les richesses. Nathalie est passionnée de montagne, de plantes et de faune. Elle est orientée sur l'humain par goût de transmettre et de sensibiliser.


Nathalie ne tient pas en place sur sa chaise. Évoquer ses randonnées et ses découvertes la plonge dans son monde d'accompagnatrice de montagne. Elle a le goût du détail. Un peu comme si la nature devait être abordée avec le plus grand respect, celui des mots et des gestes.

« J'ai travaillé dans la comptabilité et la finance pendant 15 ans à Genève et Montreux. Quitter la ville pour revenir s'installer dans la vallée d'llliez à Troistorrents, c'est être soudain plongée, voire infusée dans la nature. Pouvez-vous ignorer et passer à côté de paysages surpuissants, d'habitants si authentiques sans s'en imprégner ? »

En 2003, des dames de la région s'organisent pour faire découvrir le pouvoir des plantes aux éventuels intéressés. Elles étaient elles-mêmes de ferventes adeptes de Germaine Cousin-Zermatten du val d'Hérens, connue dans tout le Valais et sans doute dans toute la Suisse romande. Cette initiation sonna comme une révélation pour Nathalie qui se souvient qu'avec sa grand-mère, elles passaient de longues heures dans le jardin et la cuisine à découvrir les bienfaits et le goût des plantes.

Aborder la nature, la faire découvrir aux visiteurs de tous bords n'est pas une siné­cure. Forte de son goût pour les études approfondies, sans doute hérité du collège de St-Maurice, elle décide de suivre une formation pointue d'accompagnatrice à St-Jean, puis d'herboriste des plantes médicinales à Lyon. Le cursus est riche et complet : sé­curité, météorologie, premiers secours, dangers d'avalanche, lecture des cartes, dyna­mique de groupes, connaissance du milieu, zoologie, grande et petite faune, oiseaux, vigne, histoire, agriculture de montagne, etc.

Son diplôme en poche en 2006, elle s'adonne enfin à sa passion qui, selon elle, a toujours été présente au fond d'elle-même mais attendait « le bon alignement des planètes ».

Avec le temps, Nathalie Nemeth-Défago construit petit à petit sa réputation. Et comme le destin gratifie parfois les passionnés chevronnés, le magazine Coopération, plus grand tirage de Suisse, décide en 2007, sous l'impulsion de l'Office de Tourisme de Champéry, de lui consacrer un article élogieux sur son activité d'accompagnatrice de montagne. Sa notoriété est boostée. Elle en profite pour étoffer son réseau.

Les entreprises sont friandes de sorties Nature & Découverte souvent ludiques, toujours enrichissantes. Nathalie est activement sollicitée depuis 2010, été comme hiver, pour faire découvrir un coin de son paradis, dans la région, selon un ordre du jour varié : itinéraire, durée, points d'intérêt (faune, flore, géologie), repas, repos. L'objectif est de proposer à un ensemble de collaborateurs et colla­boratrices une activité distrayante, loin des affaires du bureau et qui opère qua­si à chaque fois comme liant. L'accom­pagnatrice précise que pour s'occuper de groupes, il faut pas mal de psycho­logie et composer avec toutes sortes de mentalités, d'exigences, de sensibilités. Il est utile également de connaître les codes de l'entreprise.

Être accompagnatrice, c'est endosser un véritable rôle d'ambassadrice et être capable de transmettre des émotions. Nathalie Nemeth-Défago Autre groupe, autre challenge, celui des enfants. Nathalie, mère de deux filles de 11 et 13 ans, s'occupe de classes entières. Des primaires viennent de Genève pour s'installer une semaine durant à Morgins au printemps ou en automne dans le but de se sensibiliser aux bienfaits de la nature.

« Être accompagnatrice, c'est d'abord être à l'aise avec les gens, c'est servir de trait d'union entre le public et la région, c'est endosser un véritable rôle d'ambassadrice et être capable de transmettre des émo­tions. » Parlant de la transmission du savoir aux gens, Nathalie souligne combien il lui paraît fondamental de garder un lien avec le patois local. Depuis 2002, elle fait par­tie de l'Association des amis du patois du village. Elle le comprend bien mais ne le parle que peu. Qu'importe ! La compréhen­sion couplée à la passion suffit largement à se faire comprendre. C'est sans doute ce mélange qui lui fait proposer des randon­nées sous le couvert du patois et des dia­lectes tout en découvrant leurs liens avec les noms de la région. On appelle cela la toponymie ou l'étude des noms des lieux leur origine, leurs rapports avec la langue parlée ou disparue. Ainsi, « Tassonnière », un lieu de la région, vient du mot «tais­son » ou « tasson » signifiant « blaireau ». On vous laisse deviner ce que ce type de ravivement peut engendrer comme graine de discorde ou de raillerie. Elle explique également qu'un terme comme « épicéa » s'énonce différemment en patois selon l'usage qu'on en fait.

Nathalie est un puits intarissable de connaissances de la région sous toutes ses coutures. La demande des gens de mieux connaître, même le lieu où ils habitent, est croissante. Ils sont une petite dizaine d'accompagnateurs dans la vallée d'llliez, prêts à faire découvrir les richesses de leur habitat et environnement à qui voudra bien s'en intéresser.
 

En savoir plus sur les activités de Nathalie :

www.lesvagabondes.ch
www.alpanima.ch
www.guides-champery.ch