La pépite des Poudreuses

Laurent de Martin est un phénomène. Il est libre. Il ne connaît pas la peur mais craint la douleur. Il franchit à ski tout ce qui se présente sur son pas­sage. Le freeski est sa vie. Il vit en partie de sa passion car il sait la valoriser au travers de montages vidéo saisissants et vertigineux.

L’arête de ses lattes surgit de la poudreuse dans un éclat de lumière. Le manteau neigeux est parfois si dense que sa silhouette s’y noie, seuls ses genoux parviennent à refaire surface sous les pulsions saccadées des bosses pourtant profondes. Laurent de Martin dévale librement dans un bruit sourd la forêt de Morgins avec une grâce animale.

J’ai pris la main que la montagne me tendait et me suis rapidement trouvé sur des terrains de jeux fabuleux.

Laurent de Martin

« Passer son enfance dans un cadre qui te propose autant d’activités, c’est une chance inouïe. J’ai grandi à Troistorrents. J’ai pris la main que la montagne me tendait et me suis rapidement trouvé sur des terrains de jeux fabuleux comme le snowpark des Crosets. Pas besoin que tes parents t’y emmènent, l’AOMC t’y dépose. Tout en mûrissant, tout en faisant le plein de forces et de confiance, tu pousses tes lattes plus loin. Les Portes du Soleil s’ouvrent à toi et tu entres littéralement dans leur lumière. Tu en prends plein la tête, tu dévales les pentes en France voisine, tu vas partout sans réfléchir et l’instinct s’y développe. Ensuite, tu sélectionnes les spots. Par exemple, Chavanette c’est top pour les jambes ! »

Laurent, la pépite née de la poudreuse, roule sa bosse dans des compétitions presti­gieuses comme le Redbull Linecatcher. Il est appelé en équipe Suisse de freestyle en 2014 avec pour objectif de concourir aux Jeux Olympiques de Sotchi. Il fait partie du top 10 mondial quand une chute de trop l’empêche d’y participer ainsi qu’aux courses de Coupe du Monde.

Marqué par la mésaventure, il rebondit insatiable comme sur ses skis. La vidéo le fascine et il perçoit rapidement ses débouchés : coupler ses figures de style avec les extraordi­naires opportunités naissantes des réseaux sociaux. Il poursuit ses chevauchées infernales et hivernales, participe à de nouveaux concepts élaborés par la FIS et surtout par des marques indépendantes. Il monte souvent sur les podiums.

Quand on lui demande si l’extrême de Verbier l’intéresse, il est catégorique : « Non, car c’est du freeride pur. Je préfère mixer mes activités avec de belles prises de vue et de parfaites conditions de neige. À Verbier, les participants s’élancent dans toutes les condi­tions y compris de neige dure… Aujourd’hui, j’ai une boîte de production américaine, Level 1 Productions, qui me suit dans mes voyages et shootings. Je me sens vraiment plus freeskier que freerider. J’ai 26 ans, je mords la vie à pleines dents et j’en profite car je suis tout à fait conscient qu’un jour où l’autre mon corps dira stop. »

Laurent de Martin parvient à vivre de son sport car il y a déjà associé un aspect qui l’aidera dans sa future reconversion, à savoir le sponsoring événementiel. C’est d’ailleurs dans cette branche qu’il passe son diplôme SAWI en 2017. Sa maturité sport-étude décrochée à Brigue à 20 ans démontre que le Chorgue a toujours été prévenant. « Je fais partie du Comité du 7Peaks Riverstyle de Morgins en qualité de respon­sable des riders. Cela me permet de connaître toutes les facettes importantes d’une manifestation d’envergure : infrastructures, sponsoring, marchandising, compétition, administration, communication, relations presse. » Revenant sur l’importance que prend la vidéo dans les réseaux sociaux (80% des contenus), il insiste sur le fait que la qualité d’image et de montage est primordiale. Il sait de quoi il parle pour avoir été en 2017 le sujet principal du buzz à succès de la HES-SO Valais (plus d’un million de vues) qui avait produit une séquence vidéo de 2 minutes dé­montrant l’accessibilité de l’école. De fa­çon détournée et décalée, Laurent jouait le rôle d’un étudiant partant de chez lui à Crans-Montana pour rejoindre en ski et sans interruption l’établissement sierrois.

Le site de Laurent de Martin révèle sa recherche constante de perfection tant pour l’image que pour la figure de style. On prend conscience de l’in­tensité que doit avoir le freeski dans sa vie. On frémit devant des acrobaties à la limite du réalisable, aux conditions scabreuses dans lesquelles certaines sont accomplies. On souffre avec Laurent quand il exhibe sa blessure à la tête et qu’on le voit repartir de plus belle. On se dit que notre pépite des poudreuses est illuminée par la magie des images.

L’interview de Laurent se termine. Il aura gratté sa tête une vingtaine de fois sans ja­mais ôter complètement son bonnet floqué du label de son sponsor. 22 degrés dans le bureau, il est temps que la bête reprenne sa liberté, il est temps que Laurent réinvente des pirouettes dans les airs, glisse sur les balustrades métalliques, voltige au-dessus des amas de rocher, rebondisse contre les parois de béton, enchaîne sans interruption des cascades…

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