Témoignage de Lorette Défago, née à Choëx au-dessus de Monthey en 1940 sur le travail autour de la récolte des chataîgnes, aliment très important pour les habitants de Troistorrents et Choêx.

Retranscrit tel quel, avec son aimable autorisation.
Ce qu’elle a vécu quand elle était jeune et pour que cela ne s’oublie pas


« La plupart des familles de Troistorrents possédaient ou louaient des forêts de châtaignes à Choëx, Vers Ensier ou aux Neyres. A partir de la première semaine d’octobre le travail commençait, il fallait d’abord faucher les forêts, les préparer pour la cueillette. Le travail consistait à faucher l’herbe, la mettre en petits andains dans le sens horizontal, pour retenir les châtaignes et surtout les pillons qui tombaient de haut, les forêts étaient souvent très en pentes. Il fallait aussi préparer les gaules « perche à châtaignes » comme on les nommait, les sortir des endroits où on les rangeait pour l’hiver , grange, galerie, etc, les mettre dans le pré pour qu’elles prennent l’humidité et leur donner plus de souplesse afin qu’elles ne cassent pas, elles étaient le plus long possible, longues et minces, il y en avait de plusieurs longueurs pour avoir un choix, pour ne pas trop fatiguer le secoueur, il pouvait se servir d’une courte, par conséquent moins lourde, pour les branches les plus rapprochées.

Quand les fruits étaient à maturité vers le 10 octobre, la journée commençait tôt, il fallait se rendre sur le lieu du travail avec les outils nécessaires à pied et parfois sur une grande distance bien souvent en chantant. Tout le monde avait son fardeau, perche, fers, pinces à châtaignes, paniers et hottes à pillons, dans presque tout le cas le sac « pic-nic » avec les repas pour la journée.

L’homme secoueur commençait le travail le premier, il montait sur le châtaignier, muni, aux pieds, de fers armés de griffes, liés par des ficelles sur de grosses chaussures. Une fois là-haut, il gaulait les branches avec les perches en les tapant s’il se tenait au-dessus ou en les agitant s’il se trouve au milieu de l’arbre. Travail pénible et dangereux qui n’était pas à la portée de tous. Les pillons tombaient plus ou moins bien suivant les années, les temps aidant, après le brouillard ou la pluie, le travail était plus aisé. Pendant ce temps, les femmes les enfants ramassaient, avec des pinces de métal ou de bois, sans gants bien évidemment, les pillons tombés au sol, on les mettait dans de grands paniers. La plupart étaient fermés, c’était préférable d’ailleurs, quelques-uns seulement s’ouvraient, laissant échapper leurs châtaignes (les noires). On les ramassait en même temps que les pillons pour les mettre dans de petits sacs attachés à la ceinture. Ces fruits-là étaient consommée de suite ou vendus au marché à Monthey, ils ne se prêtaient pas à la conservation.

Les paniers, une fois pleins, étaient versés dans un endroit choisi à cet effet, un endroit creux si possible et plat, presque toujours le même d’une année à l’autre. Le secoueur continuait sa tâche, jusqu’au dernier arbre de la forêt, les gens au sol de même. Le tas grandissait, on l’appelait « pillonnière ». Le trajet devenait éloigné du tas, l’on versait alors les paniers dans une grande hotte « hotte à pillons », et un homme faisait le transport jusqu’à la pillonnière.

Le travail se faisait en deux ou trois jours, selon la grandeur de la forêt, mais toujours à la suite et du matin au soir, avec chaque fois un grand bout de chemin pour le retour, les hottes pleines, souvent dans le noir car on travaillait jusqu’à la tombée de la nuit.

Quand tout était secoué et mis en pillonnière, on couvrait le tas, souvent le travail était fait par le secoueur qui avait fini sa tâche, pour cela il coupait des grandes branches qui poussaient aux pieds des châtaigniers, ou des buissons qui n’avaient rien à faire là, il les posait sur la pillonnière le plus lourd de bois en bas, les appuyaient sur les pillons, et ceci tout le tour jusqu’à ce que l’on ne les voie plus. Le tout recouvert de grosses pierres, pour faire du poids et tenir l’ensemble en cas de vent. Cette façon de faire avait deux fonctions, aider la fermentation des châtaignes, de cette manière, elles se conservaient mieux et nettoyer la forêt en coupant les branches.

Pendant ce temps, les femmes et les enfants repassaient partout mètre par mètre, avec un bois fourchu, grattant le sol, pour prendre les châtaignes oubliées, on en trouvait encore beaucoup surtout derrière les andains. Celles-ci étaient vendue le Demècre à Montha ou consommées de suite. Et puis c’était le retour, les châtaignes restaient là dix à quinze jours suivant le temps, la pluie aidant à la fermentation.

Voilà les quinze jours passés, reste l’encavage. Autour du 1er novembre, le travail commençait tôt le matin il devait se faire en un jour, les châtaignes ne pouvaient pas rester exposées aux pilleurs, aux animaux, au gel ou à la pluie. Chaque propriétaire devait compter sur des aides, qui n’étaient pas difficiles à trouver, puisqu’ils étaient rétribuées en châtaignes, lesquelles étaient les bienvenues.

Le jour J le père de famille commençait la journée le premier bien avant le jour muni d’une lanterne, d’un cacheu, râteau étroit et lourd avec de longues dents, 15 cm environ.

Il retirait d’abord les pierres, les branches qui avaient un peu séché, les utilisait pour en faire un feu. Deux fonctions à cela, se tenir un peu au chaud et s’éclairer. Il descendait alors les pillons qui avaient bruni par la fermentation, et par petites quantités il tapait dessus avec le cacheu, à l’opposé des dents pour en faire sortir les châtaignes. Avec les dents du râteau, il enlevait les pillons vides pour alimenter le feu qui brûlait tout le jour.

Les femmes arrivaient avec le jour, munies de sacs de jute, pour s’agenouiller près des châtaignes mises en tas par le tapeur, pour les trier. La partie n’était pas toujours belle, souvent avec le froid, on se soufflait dans les mains, parfois la pluie venait agrémenter le décor, heureusement qu’il y avait le feu.

Le pique-nique tiré du sac se faisait sur place, pas de thermos mais une bouteille de café emballée dans un journal, un clou était mis dans la bouteille, pour éviter qu’elle ne saute au remplissage. Parfois un gâteau fait de farine de maïs accompagnait le repas.

Les châtaignes étaient triées, les grosses pour encaver ou vendre, quant aux petites bélosses, une partie était donnée aux cochons, une autre part mise à sécher au grenier, quand les souris nous en laissaient. Les châtaignes encavées se conservaient dans des fûts de bois recouverts d’une planche.

Le soir, tout était terminé. Nous rentrions fatigués, avec nos hottes pleines, mais contents du devoir accompli.

Pour la vente, comme il y avait beaucoup de familles nombreuses, les sacs étaient parfois vendus entiers, et aux mêmes personnes d’année en année, les propriétaires avaient leurs clients. 10-30 ou même 50 kg à la même famille. Les gens en consommaient beaucoup le soir au souper, le matin au déjeuner et de temps en temps les restes froides avec la soupe de midi.

La châtaigne farineuse et nourrissante remplissait bien son rôle alimentaire, presque toutes les famillles de la vallée en stockaient. Elle était un des aliments de base pour l’hiver. Les châtaignes se cuisaient toujours à l’eau salée, la brisolée n’étant pas connues.

Une Choëlande
Depuis l’arrivée des congélateurs, cette pratique ne se fait plus.

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